Archives pour la catégorie Science-fiction

Publication : les intermèdes musicaux dans Les Mondes engloutis

Publication : les intermèdes musicaux dans <em>Les Mondes engloutis</em> dans Dessin animé dp21-300x225C’est avec un peu de retard que j’ai appris la parution, au printemps 2012, de mon tout premier article, intitulé « Les Intermèdes musicaux dans Les Mondes engloutis ».

On peut le trouver dans le numéro spécial de la revue universitaire Inter-lignes qui contient les actes du colloque Le dessin animé ou les métamorphoses du réel, auquel j’avais participé en avril 2011.

Voici, en trois langues, le résumé de cet article.

Série de dessins animés pour la jeunesse conçue par Nina Wolmark, Les Mondes engloutis se distingue notamment par l’emploi d’intermèdes musicaux récurrents, qui remplissent des fonctions narratives importantes. Leur apparition souligne l’originalité graphique et scénaristique de la série, aventure de science-fiction où sont importés des personnages de cartoon, qui incarnent une satire du monde contemporain.

Spartakus and the Sun Beneath the Sea is a French animated series created by Nina Wolmark. It is made particularly original by the presence of recurring musical interludes with important narrative functions. Their appearance underlines the innovative writing and the graphic originality of the series, which mixes science fiction adventures with satirical cartoon characters alluding to the contemporary world.

Serie de dibujos animados para la juventud y concebida por Nina Wolmark, Espartaco y el sol bajo el mar se distingue sobre todo por el empleo de intermedios musicales recurrentes, que tienen funciones narrativas importantes. Su apparición subraya la originalidad gráfica y del guión de la serie, aventura de ciencia ficción en la que intervienen personajes de cartoon, quienes encarnan una sátira del mundo contemporaneo.

Hervé de La Haye

inter-lignes-218x300 dans Science-fiction

Retour sur Retour vers le futur

Mercredi 18 avril, j’ai eu le plaisir d’être invité sur la webradio Silicon Maniacs pour participer à l’émission Very Serious Geek, qui se propose de prendre la culture geek au sérieux.

Autour de Denis-Quentin Bruet, animateur de l’émission, Simon Bréan, une fan et moi-même avons pendant un peu plus d’une heure évoqué le film Retour vers le futur pour en proposer un décryptage.

L’émission est évidemment écoutable, téléchargeable, podcastable.

(Onze années s’étaient écoulées depuis ma précédente incursion sur les ondes — l’exercice du direct est toujours aussi périlleux !)

Hervé de La Haye

Retour sur <em>Retour vers le futur</em> dans Cinéma Michael-J-Fox-Christopher-Lloyd-300x210

Jeanne-A Debats, Plaguers

Jeanne-A Debats, <em>Plaguers</em> dans Littérature 10_plaguers-203x300Futur proche, quelque part en banlieue de Paris. Un matin de septembre, Quentin passe les portes d’une institution qui accueille les adolescents affectés de la « plaie », dont il devient pensionnaire. Comme la farouche Illya qui arrive le même jour que lui, comme Fred et Leila qui les accueillent, Quentin est un mutant. Un monstre, condamné à vivre à l’écart du reste du monde. Chacun souffre d’un mal différent, chacun a son pouvoir, qu’il faut apprendre à contrôler, à apprivoiser ; dans cette communauté de déviants, le jeune homme trouve progressivement sa place mais apprend également que sa métamorphose n’est pas terminée. Le retour parmi les hommes, sur cette terre ravagée, empoisonnée qui est la nôtre, ne sera jamais possible. Quentin apprend à l’accepter. Mais de son côté, Illya rejette avec colère la terrifiante transformation physique qu’elle est condamnée à subir et se révolte, jusqu’à mettre en péril sa vie même.

Jeanne-A Debats, auteur de nouvelles remarquées, livre dans ce premier grand roman une fable à la fois amère et optimiste sur l’adolescence, qu’on lit l’estomac noué par l’émotion, et se place d’emblée comme l’un des écrivains français les plus talentueux dans le domaine de la science-fiction.

Hervé de La Haye

Jeanne-A Debats, Plaguers, L’Atalante, 2010.

 

Michel Jeury, May le monde

Michel Jeury, <em>May le monde</em> dans Littérature maylemondeMay le monde, paru début septembre dans la collection Ailleurs & demain, est à la fois de dernier et l’ultime roman de science-fiction de Michel Jeury et constitue son adieu au genre. En soi, cela devrait suffire à faire de cette parution un événement.

À cela, je dois maintenant ajouter que May le monde est tout simplement l’un des plus beaux textes qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années.

Il est difficile de présenter ce roman en peu de mots. Il est plus difficile encore d’en évoquer la trame, l’intrigue (comment raconte-t-on un poème symphonique ?). May est une petite fille qui souffre de leucémie. Après une phase de rémission, elle attend des résultats d’analyse qui lui diront si elle est en train de rechuter. Elle séjourne à la campagne, entourée de médecins qui sont ses amis et ses compagnons durant cette attente. Mais le monde de May n’est pas notre réalité : c’est un monde de changements — chaque être est destiné à changer, à changer de conscience ou à changer de monde — ce qui est exactement la même chose. Que serait, d’ailleurs, un monde sans la possibilité du changement ?…

Michel Jeury joue avec des personnages qui peuvent changer de conscience, changer de nom, changer de monde. Et pour créer ces mondes, il crée un langage, et c’est là toute la magie de May le monde. La saveur du texte et notamment des dialogues écrits dans cette langue inventée et jamais obscure m’a fait penser à Burgess, bien sûr, mais le plaisir presque physique suscité par la saveur du texte m’a rappelé mes lectures de Rabelais, comparaison-déraison que j’explique difficilement, liée simplement au souvenir de sensations comparables. Dans sa manière d’utiliser le dérèglement de la langue pour évoquer le dérèglement de la conscience ou transcrire un autre rapport au réel, Jeury rappelle aussi le Dick de Glissement de temps sur Mars. Mais c’est un roman unique.

L’une des originalités du roman est de se dérouler presque exclusivement à la campagne — sans doute une manière pour le Jeury auteur de romans paysans de jouer avec ses lecteurs de science-fiction. May le monde n’est pas avare en clins d’œil qui amuseront les amateurs de SF et passeront inaperçus des autres ; la plupart sont d’ailleurs concentrés dans le début du roman, comme pour établir la connivence avec certains lecteurs avant qu’ils aient pu comprendre qu’il va s’agir de tout autre chose qu’un jeu de références pour initiés.

Et faut-il aimer la science-fiction pour aimer ce roman ? Je ne le crois pas. Il faut simplement être prêt à s’immerger, totalement, dans l’inconnu. Accepter de se laisser porter, accepter de renoncer à tout comprendre, tout embrasser. Accepter la disparition du monde.

May le monde se présente alors comme un roman paradoxal sur l’attente de la mort, plus précisément sur la non-peur de la mort, et dont la morale pourrait être, pour paraphraser Montaigne, que changer c’est apprendre à mourir. Le monde — les mondes — du roman seraient alors une manière d’évoquer, en creux, notre monde, un monde où rien, absolument rien, en fin de compte, ne nous prépare à mourir.

Est-ce un roman parfait ? Difficile à dire. À certains moments, le voyage m’a paru long, sans que jamais cela n’entame mon envie de poursuivre.

En chapeau, Gérard Klein annonce que Michel Jeury « renouvelle le genre en inventant une langue et un style comme vous n’en avez jamais vus », et je reconnais avoir douté.

J’ai eu tort.

Hervé de La Haye

 

 

Michel Jeury, May le monde, Robert Laffont, collection « Ailleurs & demain », 2010.

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